vendredi 11 septembre 2020

l'or et l'alu


Je suis à Lausanne et j’ai du temps à faire passer entre deux rendez-vous. Comment le perdre le plus intelligemment possible ? Difficile et pénible d’être intelligent dans les magasins. Je me rabats donc sur les églises qui ont souvent l’art de nous envelopper de sagesse et de paix sans que nous nous en rendions compte. 
Je pense à la basilique Notre-Dame du Valentin, l’église-mère des catholiques du coin et je me dirige vers elle avec un peu de crainte et un fond d’incertitude : peut-être sera-t-elle fermée ; j’ai lu quelque part que la grande fresque du chœur est en restauration...
Or l’église est ouverte et comme chaque jour une immense hostie y rayonne. Mais derrière elle, tout le chœur est envahi jusqu’à la voûte par un gigantesque échafaudage, enchevêtrement improbable de tubes métalliques, d’escaliers en aluminium, de planches jaunes et rouges...
Je me laisse faire par cette ambiance étonnante et paradoxale, comme si les entrepôts de ferrailles de nos banlieues avaient investi le saint des saints. Derrière la Présence qui illumine le lieu depuis l’hostie, des apôtres peints épient la nef à travers les tubulaires, les restaurateurs d’art, tout en haut, dirigent leur lampe de travail sur la voûte dorée qui grésille, pendant que, tout en bas à gauche, le sacristain, masque sur la figure, époussette la Vierge en bois peint...
Un moment d’église qui devient parabole d’Eglise : un chantier, un désordre calculé et des flashes lumineux vers les ors du ciel !

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