jeudi 6 juin 2019

le loup

La mer moutonne.
La solution est simple.
Transférons tous les loups des montagnes 
Vers la mer !

(petite réflexion devant le loup blanc 
et l’Océan atlantique,
à Seignosse dans les Landes !) 

dimanche 2 juin 2019

la technologie

Rapide pèlerinage à Lourdes. J’aime m’attarder devant la basilique avec mon modeste appareil de photo à saisir un moment de grâce, donné en cadeau par le hasard et la magie du lieu. Je guette en effet une de ces rencontres fortuites entre les personnages des grandes mosaïques modernes et les pèlerins qui circulent sur l’esplanade.
C’est toujours passionnant et aujourd’hui je suis gâté. Sous les visages de Pierre, Jacques et Jean ébahis devant la Transfiguration, une petite dame est assise sur un rebord, comme aux pieds des apôtres et contemple tranfigurée... quoi d’autre que son téléphone portable !
Et elle reste là de longues minutes, insensible à ce qui se passe près d’elle, à ceux qui passent près d’elle ! Mais que fait-elle ? Bien sûr je pourrais lui reprocher de s’évader du réel, de se laisser emprisonner dans les mailles serrées de la technologie déshumanisante, etc. etc.... Mais qui suis-je pour juger cette sœur en humanité qui est peut-être plus humaine que moi ? Peut-être envoie-t-elle un message de solidarité à une amie malade. Peut-être lit-elle un texte spirituel. Peut-être récite-t-elle le chapelet (on peut même faire cela avec un portable aujourd’hui). Peut-être passe-t-elle son agenda électronique pour le poser devant Marie. 
Je serai désormais plus prudent avant de critiquer les fameux « prisonniers de leur portable », jeunes ou moins jeunes. Il faudrait d’abord que je me libère de mes prisons... En fait c’est vrai j’ai un appareil électronique en main !

lundi 13 mai 2019

dehors!


Le dimanche du bon Pasteur m’a permis d’approfondir dans les liturgies le thème des brebis qui écoutent la voix de leur berger... 
Et comme un clin d’œil, l’après-midi, j’ai pu fraterniser avec les agneaux que mon frère garde jalousement et amoureusement dans un petit enclos perdu dans la plaine du Rhône. 
Et en plus ce matin à la messe, j’entends une parole qui me désarçonne : 
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix.
Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom,
et il les fait sortir.
Quand il a poussé dehors toutes les siennes,
il marche à leur tête, et les brebis le suivent,
car elles connaissent sa voix.
Le texte de l’Evangile, Parole de Dieu, dit bien : pousser dehors !
Etonnant non ?
Nous ne sommes pas faits pour demeurer dans des enclos bien douillets mais pour aller dehors et à suivre « dehors » le berger.
Pas si facile de sortir de nos faciles enclos de pensées et de croyances...
Mais dehors, c’est dehors ! Et il y a beaucoup de « dehors » dans nos existences. 








vendredi 10 mai 2019

l'aération du monde

De ma fenêtre perchée quelques mètres au-dessus de la plaine, mon regard paresse. Au fond un avion plane sur l’aérodrome de Bex ; plus près la zone commerciale élève d’arrogantes enseignes. Devant : le village de Collombey et sa route principale, très animée en ce milieu d’après-midi. Un petit train vert la parcourt au milieu des voitures qui s’engagent à qui mieux-mieux dans les rues latérales...
Un couple âgé regarde leur petit-fils de 6 ans environ jouer sur une fontaine ; il a grimpé sur le bord et touche l’eau gaillardement. Les grands parents ne sont pas rassurés. Devant eux un car scolaire tourne au carrefour et s’arrête de façon impromptue, des voitures suivent mais ne savent que faire. Ose-t-on dépasser un bus qui s’arrête n’importe où ? Un engin de construction vrombit en face, transportant des gravats vers une hypothétique décharge. Plus près un jeune s’affaire sur son téléphone portable et ne voit rien ni personne. 

La vie quoi, avec ses bruits, ses solitudes, des agitations utiles ou inutiles, ses non-dits et ses non-sens...

Je suis à l’hôtellerie des moniales bernardines à qui je prêche la retraite annuelle. La vie du monde ordinaire monte vers monastère qui le transforme humblement en louange, en air frais. Est-ce que dans dix ou vingt ans ce sera encore le cas ? 

En ce dimanche des vocations dans l'Eglise catholique, la raréfaction des vocations contemplatives m’interpelle. Il faut aérer spirituellement notre monde. Les monastères l’ont toujours fait. Comment continuer ? 

lundi 22 avril 2019

les oeufs de Pâques



Comme promis mon homélie à la Messe de la Résurrection d'Evionnaz!

Quand on dit que Jésus est ressuscité, on comprend qu’il est revenu à la vie. Jésus est un vivant, c’est même un aspect essentiel de la foi chrétienne et c’est difficile de se dire chrétien et faire l’impasse sur ce centre de notre foi. 

Oui Jésus c’est quelqu’un de vivant, ce n’est pas quelqu’un de mort. 

Jésus n’est pas un sage maître spirituel qui a vécu il y a longtemps, comme Bouddha ou Socrate. Jésus c’est un vivant qui est là avec nous mystérieusement vivant, ressuscité au cœur de son Eglise. 

Mais c’est très mystérieux.

Il était mort et il est revenu à la vie. Mais une vie d’une autre sorte, une vie qui nous attend aussi nous après notre mort et notre propre résurrection lorsque tout sera accompli.

Mais c’est très mystérieux. 

Qu’il y ait une autre sorte de vie, on peut l’admettre mais c’est difficile à comprendre. Qu’est-ce que cela veut dire cette vie à l’intérieur même de la vie. 
Une vie qui nous investit progressivement de l’intérieur du monde pour s’épanouir en chacun de nous si on lui laisse la place.

C’est très mystérieux.

Vous êtes d’accord que c’est quelque chose de difficile à comprendre, c’est en fait un mystère et pour approcher un mystère, il faut prendre plusieurs biais, plusieurs chemins. Et les plus simples sont souvent les plus 
intéressants.

C’est pourquoi je vais vous parler des œufs de Pâques. 

Si on y regarde bien, les œufs de Pâques font partie de toute un symbolique pour nous aider à approcher le mystère : une vie fait irruption dans notre existence et tout à fait différente de celle qu’on connaît mais en même temps toute proche de ce que nous attendons et espérons.
La tradition des œufs de Pâques existe depuis très longtemps, même avant les chrétiens. On s’offrait des œufs décorés pour signifier le renouveau de la nature. Mais pour les Chrétiens ce n’était pas que simplement le printemps des saisons et de la nature qu’il fallait célébrer mais quelque chose de plus une vie d’une autre qualité, une vie éternelle...
Et c’est ainsi que les œufs décorés sont devenus, pour l’images, et des symboles de la vie du Christ Ressuscité. 

Qu’est-ce qu’il y a dans un œuf, de la vie, un blanc un jaune, promesse d’un poussin, promesse de nourriture pour l’homme lorsque pendant l’hiver la nourriture manque
On décore l’extérieur pour célébrer une vie qu’on ne voit pas mais qui est à l’intérieur. 

Comme pour le Christ Ressuscité. On célèbre Pâques par des signes extérieurs, des rencontres, des apéros, des repas de fête, on décore, mais pour dire qu’il y a quelque chose de plus important, une vie intérieure une promesse de vie ! 

Mes frères, mes sœurs, Pâques perd tout son sens si on n’intériorise pas. 

Il y a quelque temps j’ai visité le musée d’ethnographie de Genève qui rassemble des objets de la vie quotidienne et de vie culturelle des 5 continents

A cette heure matinale, je me crois seul dans cette caverne d’un Ali baba ethnologue et je m’y promène décontracté. Mais voilà que tout à coup j’aperçois, assez loin, du côté des masques océaniens, un grand père et son petit fils de 4 ans, un petit blond très vif et passionné par tout ce qu’il voit. 

Nous finissons par nous croiser devant une vitrine européenne qui présente une série d’œufs peints d’une qualité extraordinaire. Mais ce n’est pas la peinture qui intéresse le gamin malgré les explications du grand père. Il veut savoir ce qu’il y a dedans. 

Le grand père est désarçonné : qu’est-ce qu’il y a dans des œufs peints vieux de plusieurs siècles ?
- Est-ce qu’il y a un poussin ?
- Sûrement pas ! dit le grand père, je ne sais pas du tout ce qu’il y a dedans. 

Mais le gamin a tout de suite délaissé les œufs pour passer à autre chose.
En effet un œuf sans poussin, et peut-être sans rien dedans à quoi cela sert ?

C’est un symbole : 

La foi, c’est l’œuf de Pâques : s’il n’y a rien dedans, même si c’est bien décoré, cela n’a aucun intérêt !
S’il n’y a pas dans l’œuf de Pâques un potentiel de vie, cela ne sert à rien. Si la foi n’est qu’une décoration cela ne sert à rien.


Lorsque nous pensons à Pâque est-ce que nous pensons à nourrir notre vie intérieure, celle qui est de même nature, de même sorte que la vie du Ressuscité.
Moins on nourrit sa vie intérieure de silence, de prière, de méditation, plus on trouve absurde que les chrétiens disent que le Christ est ressuscité.

C’est sans doute pour cela que la foi a tellement de peine à s’épanouir dans le monde d’aujourd’hui : manque d’intériorité, de silence habité !


samedi 20 avril 2019

mon journal de Pâques, degré zéro!



Mon Nouvelliste poursuit sa mue au gré de l’évolution de la population valaisanne. Dans mon enfance assez lointaine, nous avions droit le Samedi Saint à des unes magnifiquement colorées, et restent marquées en moi des pleines pages du Christ ressuscité d’une peinture médiévale ou renaissance. C’était beau mais manifestement trop... A cette époque déjà m’agaçait le militantisme religieux à relents politiques avec lequel le Nouvelliste trinquait le week-end...

Les temps ont changé et je comprends que la part religieuse de Pâques soit désormais réduite dans le journal quotidien d’une société pluraliste. Mais le pluralisme ne veut pas dire superficialité... Etre pluraliste c’est aussi faire droit à une certaine profondeur d’une société qui avance avec ces racines culturelles diverses dont nos églises sont aussi témoins... 

Mais, en une, évoquer Pâques en ne parlant que de la manière hautement technologique avec laquelle on peint les œufs de Pâques en Valais m’a fait penser à un... premier avril !

En fait j’aurai presque préféré qu’on donne la parole à quelques bouffes-curés qui nous secouent un peu de nos torpeurs confortables ou à quelques jeunes verts qui nous auraient parlé de la germination  de la nature, belle photo à l’appui... Mais là n’a-t-on pas atteint le degré zéro du consensus mou avec des œufs cuits durs !

J’avais besoin de ce coup de gueule, j’espère qu’il ne cassera pas trop d’œufs.

D’ailleurs, je vais prêcher demain dimanche à Evionnaz sur les œufs de Pâques et lundi je vais poster mon sermon sur ce blog et sur Facebook... 
Bonne fête de la Résurrection à tous.