mardi 22 septembre 2020

Iphigénie


Avec Iphigénie, l’envol d’une femme et d’une île (Editions Saint Augustin 2020), Thierry Bueche, ancien professeur de latin et grec au Collège de l’Abbaye, nous livre un petit roman sympathique (dans le sens le plus noble du terme) qui navigue entre la mythologique antique et l’économie d’aujourd’hui, entre les plages grecques et les lacs alpins, entre les rêves exaltants et les réalités implacables du 21e siècle. 

 

Iphigénie. C’est le nom d’une jeune femme d’aujourd’hui, qui va prendre le chemin inverse de l’Iphigénie de la mythologie et de la littérature grecques. Cette dernière avait héroïquement accepté que son père Agamemnon la sacrifie aux dieux pour que  l’armée des Grecs puisse partir en guerre contre Troie. Elle est symbole d’une soumission à des lois, familiales et sociales, plus grandes qu’elle...

 

Emu et interpellé par ce destin tragique, Thierry Bueche décide de camper une Iphigénie d’une autre trempe, en apparence. L’engrenage initial est savoureusement analogue :  Le père de l’actuelle Iphigénie est un Grec qui a abandonné naguère femme, fille et île pour émigrer en Suisse et y faire fortune. Cela lui réussit, mais il lui faut toujours plus et il met en place un plan machiavélique pour sacrifier sa fille à ses visées socio-économiques...

Or Iphigénie se rebelle et c’est en vivant parmi les héros simples et les nymphes capricieuses des Alpes que la jeune femme trouvera le chemin de son envol : elle ne sauvera son destin qu’en sauvant le destin de sa petite île, abandonnée au sud de la touristique Corfou. Mais bien sûr ce ne sera pas facile et toutes les maladies sociales de la Grèce d’aujourd’hui se ligueront pour empêcher cet essor.

 

Calquant sa trame sur celle des tragédies grecques avec des tonalités épiques, le récit se développe bercé par une écriture d’une simplicité désarmante.

Alors que les tragédies de la Grèce antique détestent le happy end, Thierry Bueche, avec un optimisme que certains jugeront béat et naïf, nous offre une fin de conte de fée et on se prend à rêver que son histoire puisse être vraie. Si seulement. Mais peut-être a-t-on besoin de conte pour survivre à tout ce que le 21e siècle nous impose et qui laisserait coits même Homère et Euripide.  

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