mercredi 10 juin 2020

les ronds de Lourdes

De mon lit d’hôpital, j’assiste à la messe dominicale retransmise depuis Lourdes. Le déconfinement et la pluie se sont alliés pour donner à cette eucharistie un petit air gris et triste. 
Les parapluies cachent les gens assis devant la grotte. Derrière, la vue plongeante de la caméra montre des ronds dessinés sur l’esplanade pour inciter les fidèles à respecter les distances sanitaires. Certains ronds sont occupés par des pèlerins emmitouflés dans leur coupe-vent, d’autres ronds attendent... 
Mon esprit vagabonde un peu ; c’est le chant du gloria et je n’ai pas l’âme à jouer les choristes seul dans ma chambre. Cette vue me fait penser à la visite archéologique de quelque église d’antan dont il ne reste qu’un parterre, quelques colonnes, arcs et bouts de murs. Pour faciliter la compréhension des visiteurs, on a tracé sur le sol la place des colonnes manquantes et d’après leur nombre on peut évaluer l’étendue du « manque ».
A cette messe de Lourdes, comme à toutes les messes même les plus populeuses, il «manque » des gens ; leur place est tracée à la surface du désir de Dieu. 
Mais bien des ronds sont occupées, par soleil ou par pluie. Et cette infinité de vivants, debout dans leur foi et leurs doutes, dans leurs certitudes et leur recherche, dans leur croyance et leur mécréance, fait l’Eglise, architecture spirituelle et improbable, en chantier jusqu’à la fin du monde. 
Messe après messe, les petites colonnes, fragiles mais jamais futiles, construisent à la surface du désir de Dieu, la cathédrale de l’éternité. 





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