vendredi 23 octobre 2020

un souvenir de vacances : Galilée vaudoise



Le site de l’abbatiale de Payerne est à nouveau ouvert après une campagne de restauration et de mise en valeur muséographique. Et cela vaut le déplacement, tant pour l’éternelle beauté sobre de l’église romane que pour les animations technologiques que le parcours présente. 

Il faut d’abord s’imprégner, sur le parvis, de l’ambiance de la Place du Marché et de son café qui affiche ses heures d’été ou d’hiver. C’est le monde et les saisons ordinaires d’une petite ville assez sage sauf au temps de son carnaval.

Puis déplaçons-nous en galilée. Les moines de Cluny appelaient ainsi le narthex, c’est-à-dire l’espace préambule, le sas spirituel, entre la porte qui vient de la cité et celle qui permet d’entrer dans la nef de l’église. Le nom biblique a été inculturé en architecture pour des raisons éminemment mystiques : allusion au dernier moment sur terre de Jésus Ressuscité ; il a convoqué ses disciples en Galilée et de là est monté au ciel rejoindre notre Père.

Les moines de Cluny et de Payerne savaient bien qu’il s’agit pour nous de faire la même démarche. D’abord vivons la vie, si ordinaire et souvent triviale, sur nos Places du Marché. Puis laissons-nous convoquer en Galilée, avant d’entrer par la porte du ciel dans la nef de l’Eglise d’en haut où le Dieu de Gloire nous attend, nous et nos louanges.

Visiter une église – et surtout une église romane clunisienne, n’est jamais anodin. C’est s’entraîner à une démarche essentielle, qui nous conduit de la terre au ciel. Du terre à terre à une Lumière indiscible.


mercredi 21 octobre 2020

la solution de l'énigme et mon retour au Congo

Pour les cinéphiles avertis : de quel film de sciences fiction très célèbre est tirée cette scène ?

Cette scène n’est bien sûr pas un film de science-fiction mais la réalité pure et simple le matin du 15 octobre au terminal international K de l’Aéroport Charles de Gaulle de Roissy-Paris. Près de la porte de l’avion qui part à Kinshasa et Brazzaville, se trouve un groupe d’une trentaine de voyageurs apparemment asiatiques avec leur protection anti-COVID : scaphandre en tissu blanc, masques et visières. Certains se promènent en quête de sandwiches, d’autres s’affairent sur leurs portables, un groupe accroupi en rond par terre joue aux cartes. Des extraterrestres tout à fait normaux, somme toute !

Avec un zest raciste de mauvaise humeur que je confesse humblement, je soupçonne que ce sont des Chinois qui viennent avec moi investir le Congo, mais curieusement malgré leur place dans le hall ce n’est pas là qu’ils se dirigent puisque je les retrouve pas dans l’interminable file qui se forme à l’embarquement, ni plus tard dans la cohue de l’avion qui prendra une heure de retard à installer tous ses passagers, avec une inquiétude latente : un passager avait, semble-t-il, volé l’i-pad de service d’une hôtesse et contribué ainsi à l’anarchie ambiante!

Je ne sais pas si je préfère la froide rigueur asiatique des cosmonautes dans le terminal... ou le chaud carpharnaüm africain dans l’avion. Le COVID a-t-il choisi son camp ?


(Suite de mes aventures : )

Après quatre jours à Kinshasa que j’ai vécu comme un sas et une récollection spirituelle, j’ai refait un test COVID (toujours négatif) et j’ai pris l’avion pour Kananga ma capitale provinciale et je suis arrivé sur la colline ce mardi 20 octobre. J’y reprends progressivement pied, sereinement et dans la joie...

 

  

lundi 19 octobre 2020

une énigme culturelle

Pour les cinéphiles avertis : de quel film de science fiction très célèbre est tirée cette scène ?

mercredi 14 octobre 2020

la dépense


Je me promène à travers les rues marchandes de Lausanne. J’ai du temps et donc je le prends. J’estime que ce n’est jamais du temps perdu que de déambuler lentement dans des lieux surexcités. Cela donne poids et relief à sa propre vie en la jaugeant à l’aune de la vitesse d’un monde qui semble courir après lui-même sans être capable de se rattraper !

Ma réflexion et mes yeux tombent sur une publicité pour une grande marque de montres suisses. Quand on réfléchit à la valeur du temps, cela sent la coïncidence pas si fortuite que cela. L’affiche est affreuse, on y voit des montres qui semblent tournoyer les unes derrière les autres dans un rythme que rien ne semble vouloir arrêter. 

Pourtant, posé sur l’immense réclame, un petit autocollant jaune insère une pause bienvenue dans le cortège de mes pensées. Il exhibe sans complexe un : « La pub nous fait dé-penser ». Ce trait d’union, il fallait y penser. Tellement vrai. Plus on consomme, plus on achète, plus on dépense, moins on pense... Il s’agit pour chacun de renverser ce cercle vicieux. 

Lors d’une conférence sur le martyre des chrétiens d’aujourd’hui, Monseigneur David Macaire, évêque de la Martinique a tourné son propos sur le témoignage que les chrétiens doivent donner dans une société qui développe à l’infini des « armes de distraction massive ». Le jeu de mots est intéressant, la réalité donne à « penser », plutôt qu’à « dé-penser ».


mardi 13 octobre 2020

le bain général


SOUVENIR DE VACANCES. En un bref séjour sur la façade atlantique française, je me suis rendu compte que l’abandon des chiens durant l’été et les vacances remonte à la nuit des temps. C’est même l’origine millénaire de Dax, une ville du département des Landes. 

Devant la cathédrale un groupe de bronze rappelle l’étonnante histoire d’un soldat romain qui, devant quitter son lieu de garnison, abandonne son vieux chien rhumatisant en le jetant dans l’Adour, le fleuve qui traverse le pays. Quelques temps plus tard, il revient à Dax et retrouve son chien tout guilleret et guéri. 

 Les eaux et les boues ont fait leur œuvre bienfaisante et lancé un thermalisme encore vivant aujourd’hui à Dax. D’ailleurs l’étymologie du nom de la ville – civitas de aquis, la cité des eaux – se rattache aux thérapies balnéaires depuis l’Antiquité. 

Merveilleuse histoire que celle des retrouvailles du soldat et de son vieux chien. Mais ne peut-on pas déceler derrière l’anecdotique que toute la création est une seule et même réalité vivante dans la connexion, plus ou moins réussie, de toutes ses parties : l’eau se mêle à la terre et la boue nourrit la végétation, guérit et vivifie les animaux et les hommes qui ont tout avantage à faire cause commune. L’aventure du coronavirus nous a au moins appris que ce n’est pas nécessairement le plus petit qui est le moins fort. Il s’agit au contraire de tenir compte de tout et de chacun, et de chercher inlassablement une harmonie sans laisser personne au bord du chemin.





jeudi 24 septembre 2020

Le Roi Soleil et la Source


Il faut visiter Cotignac, un charmant village du cœur de la Provence. Il recèle d’étonnantes habitations troglodytes, creusées depuis des lustres dans une paroi rocheuse qui domine le centre historique. Mais cette attraction intéressante est éclipsée par Marie et Joseph ! Deux sanctuaires catholiques singuliers occupent les parages isolés du village. D’abord, sur une colline à deux pas du bourg, se trouve la  basilique de Notre-Dame-des-Grâces qui fait mémoire d’une apparition mariale et d’un vœu qu’y a fait la reine Anne d’Autriche pour avoir un enfant et qui aboutit à la naissance de rien moins que le Roi Soleil. 

Dans cette magnifique et sauvage campagne provençale où le soleil est un roi incontesté et omniprésent, Louis XIV, en âge d’homme, est venu s’incliner devant Marie à qui il dût la grâce d’exister ; le sanctuaire y conserve ce lustre de noblesse et de gloire humaine. 

Mais heureusement un autre lieu nous convie à l’humilité. Plus haut dans une épaisse forêt de chênes, un petit monastère de sœurs contemplatives préserve un lieu béni par une apparition de saint Joseph qui aurait demandé à un pouilleux villageois de soulever une grosse pierre pour laisser jaillir une source, une eau fraîche pour le corps et pour l’âme...

J’aime bien les thématiques complémentaires de ces duos : Marie mais aussi Joseph, Louis XIV mais aussi un humble bûcheron, un soleil brûlant mais aussi une source rafraichissante. De quoi donner quelques repères aux pèlerins des abords de Cotignac ! 





mardi 22 septembre 2020

Iphigénie


Avec Iphigénie, l’envol d’une femme et d’une île (Editions Saint Augustin 2020), Thierry Bueche, ancien professeur de latin et grec au Collège de l’Abbaye, nous livre un petit roman sympathique (dans le sens le plus noble du terme) qui navigue entre la mythologique antique et l’économie d’aujourd’hui, entre les plages grecques et les lacs alpins, entre les rêves exaltants et les réalités implacables du 21e siècle. 

 

Iphigénie. C’est le nom d’une jeune femme d’aujourd’hui, qui va prendre le chemin inverse de l’Iphigénie de la mythologie et de la littérature grecques. Cette dernière avait héroïquement accepté que son père Agamemnon la sacrifie aux dieux pour que  l’armée des Grecs puisse partir en guerre contre Troie. Elle est symbole d’une soumission à des lois, familiales et sociales, plus grandes qu’elle...

 

Emu et interpellé par ce destin tragique, Thierry Bueche décide de camper une Iphigénie d’une autre trempe, en apparence. L’engrenage initial est savoureusement analogue :  Le père de l’actuelle Iphigénie est un Grec qui a abandonné naguère femme, fille et île pour émigrer en Suisse et y faire fortune. Cela lui réussit, mais il lui faut toujours plus et il met en place un plan machiavélique pour sacrifier sa fille à ses visées socio-économiques...

Or Iphigénie se rebelle et c’est en vivant parmi les héros simples et les nymphes capricieuses des Alpes que la jeune femme trouvera le chemin de son envol : elle ne sauvera son destin qu’en sauvant le destin de sa petite île, abandonnée au sud de la touristique Corfou. Mais bien sûr ce ne sera pas facile et toutes les maladies sociales de la Grèce d’aujourd’hui se ligueront pour empêcher cet essor.

 

Calquant sa trame sur celle des tragédies grecques avec des tonalités épiques, le récit se développe bercé par une écriture d’une simplicité désarmante.

Alors que les tragédies de la Grèce antique détestent le happy end, Thierry Bueche, avec un optimisme que certains jugeront béat et naïf, nous offre une fin de conte de fée et on se prend à rêver que son histoire puisse être vraie. Si seulement. Mais peut-être a-t-on besoin de conte pour survivre à tout ce que le 21e siècle nous impose et qui laisserait coits même Homère et Euripide.