jeudi 17 décembre 2020

la solution de l'énigme




Il s’agit de la tunique militaire des soldats thébains sur l’icône de Saint Maurice de l’oratoire de notre mission au Congo. Selon l’iconographie orientale (et ici copte), saint Maurice est représenté en grand et ses compagnons martyrs en petit de chaque côté de lui et dans le même habit militaire de leur légion. Cela donne un peu l’impression qu’ils sont des clones de Maurice, mais en fait symboliquement cela montre qu’ils sont associés au même don de la vie que leur chef. 

Cette icône a fait un chemin étonnant. Peinte en Afrique, à Thèbes d’Egypte, aujourd’hui Louxor, lieu d’origine de la légion martyre, elle a été offerte à Mgr Joseph Roduit, notre ancien Abbé, par l’évêque copte de Louxor lors d’un de ses pèlerinage à Saint-Maurice. Lorsque la mission du Congo a débuté, Monseigneur Roduit l’a offerte à la communauté en même temps que des reliques des martyrs, pour la consécration de l’oratoire de la mission. D’Afrique en Europe, d’Europe en Afrique, elle symbolise bien les liens spirituels et sacrés entre les deux continents. Maurice et ses compagnons mais aussi Augustin (né en Afrique, baptisé en Europe et évêque en Afrique) sont les patrons de notre congrégation. 

samedi 12 décembre 2020

la troisième bougie de l'Avent


Il n’y a pas de sapins au Kasaï, mais rien n’empêche de faire des décorations de Noël. Cette année, parmi des projets de crè

ches entre deux bananiers ou autres étoiles en papier chinois, j’ai décidé de rafraîchir les décorations de notre cour intérieure. Il y a la pelouse ; pour la séparer des platebandes de fleurs et des bosquets d’arbustes, nous avons aligné des briques peintes en couleurs alternées. Avec des jeunes de la paroisse, nous peignons et testons des harmonies de couleurs, nous élaguons la végétation qui tend toujours vers une luxuriance tropicale. Devant mes briques rutilantes de vert et violet, un arbrisseau minuscule et chétif tente de faire sa place. Vais-je l’enlever pour harmoniser le tout ou lui laisser sa chance ? J’opte pour la mansuétude. J’ai eu raison car avant-hier, il m’a gratifié d’un magnifique cadeau : une belle fleur blanche, avec des pétales de petites flammes blanches comme celles des bougies. On a toujours raison de faire miséricorde. C’est l’Avent.  

jeudi 10 décembre 2020

Solution de l'énigme




Ce sont des termites, communément assimilés ici aux fourmis ailées. La récolte des termites est un grand moment de la vie des villages kasaïens. Elle se fait de nuit et il faut sentir le moment où, des termitières, les insectes s’échapperont en nombre pour conquérir l’espace. C’est au début décembre, à la faveur d’une belle lune très spéciale. 

Les cultivateurs s’enfoncent dans leurs champs ou dans la brousse, repèrent des termitières et installent à quelques pas un piège: on fait un trou, on y met un sac ou un récipient et une lumière (lampe à pétrole) et on surveille quatre ou cinq installations à la fois. Lorsque l’envol des termites a lieu, ceux-ci sont attirés par la lumière et viennent tomber dans le piège. On n’a plus qu’à fermer le sac ou le récipient et le tour est joué.

Mais la concurrence entre les familles autour des nombreuses termitières de la campagne peut être féroce. Dimanche dernier, nous avons intercepté des policiers venant, au nom de la justice, mettre la pagaille au village suite à une plainte pour pugilat nocturne...

Lorsque les termites sont prisonniers, on leur enlève les ailes puis on les fait sécher au soleil pour les conserver pour les agapes de Noël et les bombances de la bonne Année...

mardi 8 décembre 2020

l'énigme de la semaine



Décembre est un mois joyeux au Kasaï. C’est le temps des récoltes. Le spectre de la famine est désormais derrière. On étale les fruits récoltés pour les sécher au soleil. Ici dans la cour de notre mission. Qu’est-ce que c’est ?  

dimanche 6 décembre 2020

la deuxième bougie de l’Avent

Le complexe de notre mission sur la Colline est composé de plusieurs constructions solidaires. La maison des Pères et la maison du Noviciat sont reliées par un bâtiment qui abrite une boutique de première nécessité et un petit dispensaire. Pour allerde chez les pères vers chez les novices, on passe par un corridor ajouré qui est situé derrière ce dispensaire et est séparé de lui par des fenêtres intérieures. 

J’emprunte ce couloir plusieurs fois par jour. Jeudi soir j’y ai vécu une aventure existentielle palpitante. J’allais souper, content de ma journée et fourbu ; j’avançais, lentement sans me presser, lorsque j’entendis, au fur et à mesure que j’approchais, des cris de douleurs de femme venant du poste de santé. Cris lourds et graves au sens propre comme au sens figuré. Je passe tout près d’une fenêtre et voilà que soudainement – coup d’aile d’un ange ! - les cris changent : ce sont des cris de bébé, cris tout neufs et tout étonnés. Durant mes quinze mètres du couloir, j’ai assisté à une naissance. Je n’ai rien vu. J’ai tout entendu. C’est l’Avent.

jeudi 3 décembre 2020

l'ambition



Souvenir de vacances. L’Abbaye de Fontevraud, en Touraine, est un glorieux monastère disparu à la Révolution, mais dont la survie est due à Napoléon qui l’a transformé en prison. Les derniers prisonniers ont quitté les lieux à la fin du dernier siècle et l’Etat en a fait un espace culturel dédié à son histoire (monastique et carcérale) mais aussi au présent. Ainsi va-t-il falloir accepter des élucubrations contemporaines si nous souhaitons apprécier les splendeurs médiévales. 

 

L’église dans sa sobriété romane récemment restaurée est sublime et la lumière y glisse délicatement sur la blancheur des pierres. Malheureusement, un artiste a « installé » à l’entrée du chœur, devant l’autel, un ensemble assez laid de marionnettes en carton qu’un mécanisme fait tourner. Intitulé « le Roi nu », cet attirail est supposé représenter la ronde des ambitions des seigneurs Plantagenêt, grande famille du cru, dont l’importance pour le monastère et pour l’Europe n’est pas à démontrer. 

 Cela pour dire que, dans un art qui se voudrait eschatologique (mais il suffirait d’enlever la première syllabe de l’adjectif), chaque humain, tout grand ou petit qu’il soit, est égal à tous les autres lors du Jugement dernier. Oui, mais qu’en est-il des artistes ? On en vient pour certains à espérer un enfer éternel...

 Aliénor d’Aquitaine, reine de France puis d’Angleterre, ne semble pas de formaliser de ce manque de goût. Son gisant, trônant au milieu de la nef, la représente en train de lire un psautier. De quoi oublier ce qu’on fait aujourd’hui de sa mémoire !