jeudi 7 juillet 2016

mon petit frère Jean


Après quelques jours passés à la maternité du dispensaire paroissial, ma maman est rentrée à la maison avec mon petit frère Jean, c’est-à-dire le petit frère de ma filleule homonyme Guylaine (qui a fêté le 4 juillet ses 4 ans !).

L’an dernier en juin,  la famille de mon papa, le menuisier de la colline, avait vécu le drame de perdre le petit Placide décédé d’une attaque de malaria à 6 mois. Nous espérons tous que le petit Jean sera fort et déjouera les prognostics terribles de la mortalité enfantine de notre région.

Tuasakidila, Merci à la maman (ici on ne dit pas félicitations mais merci à une femme qui vient d’accoucher). Et bon chemin avec nous, mon cher Jean !

Un exemple d’intégration à la congolaise:


De la même manière que Guylaine a reçu mon nom pour m’honorer, Jean a reçu le nom du pêcheur du village (celui nous fournit en bons poissons du fleuve Lulua voisin !), parce que son papa le menuisier s’entend très bien avec ce monsieur qui n’est pas de la région. C’est un Mutetela ; son ethnie vient du centre du Congo. Il a une langue et des traditions particulières. Ce serait comme un Appenzellois en Valais ou un Alsacien en Provence... Lorsque nous sommes allés en voiture chercher la maman et le bébé à la maternité de la paroisse (à 5km de l’église), Jean le Mutetela est venu avec nous et a emmené un petit orchestre qui chantait sur le pont du pick-up des chants tetela, dans un rythme très lancinant. Au retour, il a pris l’enfant enveloppé d’un grand linge blanc dans ses bras et la maman à côté, et la voiture a traversé les hameaux en scandant « Mutetela, mutetela »... Une sacrée ambiance. C’est comme si on traversait la plaine du Rhône en criant « Appenzellois, Appenzellois »... pour fêter le petit. Son pêcheur homonyme était très fier... C’était pour lui la preuve qu’il est bien intégré dans le village !

lundi 4 juillet 2016

l'union, qui fait la force


Brexit, Europe, démocratie, œcuménisme, concile panorthodoxe : l’actualité donne à réfléchir. Ce petit conte africain peut nous y aider.

Un vieux papa sentant la mort tourner autour de sa petite case réunit ses trois garçons et leurs familles et veut leur faire en héritage le don le meilleur.
« Allez dans la forêt, leur dit-il, ramassez un fagot de bois, serrez-le bien pour qu’il soit solide et que rien ne se perde en route et ramenez-le moi devant ma case. »
C’est ce que sa famille fit. Au soir, sous le grand arbre, le vieux papa regarde tous les siens assemblés autour des braises chaleureuses d’un feu qu’il a lui-même préparé.
Près du feu se trouvent les fagots que chaque fils a ramenés de la forêt. Ces fagots sont liés et serrés très fort avec des lianes bien préparées.
« Allez, coupez en deux votre fagot », dit le papa à ses garçons.
Les garçons s’activent mais leur fagot est trop serré et ils n’arrivent pas le briser en deux.
Alors le papa délie les lianes, défait les fagots et brise un par un les morceaux de bois que les composent.

« Voyez, tant que vous serez solidement unis, on ne pourra pas vous briser, mais si vous êtes désunis, c’est très facile... Souvenez-vous-en. L’unité de notre famille est le plus bel héritage que je puisse vous laisser lorsque j’aurai rejoint le Grand Esprit.... « 

vendredi 1 juillet 2016

la fin de l'année scolaire (suite)


La semaine dernière les transactions financières étaient bloquées à la plus grande banque de Kananga. Pourquoi ? Pas de signal internet. Pourquoi ? Difficile à dire, par contre une hypothèse est arrivée dans les discussions de notre repas communautaire.

Cette semaine-là avait lieu la session d’examens du Diplôme d’Etat sur l’ensemble du pays. En bloquant l’accès à internet des téléphones portables des élèves et des professeurs, on réduit les risques de tricherie et de corruption lors du transfert des données d’examens vers les Provinces depuis le centre logistique de la Capitale. La lutte contre la tricherie et la corruption fait rage et tous les moyens sont bons pour les annihiler. Mais le pli est malheureusement pris si profondément que la tricherie est presqu’institutionnalisée.

Tels sont les « laboratoires ». Au début je croyais naïvement qu’il s’agissait de séances de travail et de révision organisées par les professeurs pour améliorer le niveau des étudiants en marge des séances d’examen. En fait je sais maintenant qu’il s’agit de séances où des professeurs véreux font les examens avant les élèves puis transmettent les réponses à ceux-ci... contre rémunérations.

C’est dans cette ambiance que se passe – souvent - la session des Examens d’Etat. Dans ses conditions on ne peut pas dire que la scolarisation améliore la situation du pays puisqu’à l’un des moments charnières de celle-ci les élèves expérimentent concrètement la malhonnêteté... presqu’institutionnalisée.

De plus le niveau d’enseignement est si faible dans beaucoup d’instituts scolaires que la réussite des examens se base, d’après moi, à 60% sur la chance (hasard des réponses aux QCM – questionnaires à choix multiple) à 30% sur une mémorisation mécanique et à 10% sur l’assimilation intelligente des matières.

Ainsi, à mon humble niveau, je pense que pour améliorer le niveau scolaire congolais, il faut d’abord motiver les professeurs en les payant régulièrement et honnètement. Ainsi ne se contenteraient-ils plus de dicter leurs cours à des élèves qui n’y comprennent rien et se mettraient-ils à expliquer la matière aux élèves. Actuellement je donne des cours privés à certains élèves qui me montrent leur cahier de biologie où ils ont écrit que « la cellule, élément fondamental du vivant, a été découverte au 17e siècle par l’anglais Robert Hooke ». Or ces élèves ne comprennent aucun mot de cette phrase et pensent que la cellule est un fruit (à cause d’un dessin qu’ils ont vu) !

Dans ses conditions l’école n’est plus un lieu de libération et de développement mais un lieu où l’on apprend à être esclave de son ignorance et à s’y résigner.

Pour motiver les élèves, il faudrait fermer les instituts (notamment privés) qui préparent aux Examens d’Etat et qui ne paient pas correctement leurs professeurs. Souvent dans la deuxième moitié de l’année scolaire, les élèves ne peuvent plus payer leur part financière et par ricochet les directions ne peuvent plus payer les professeurs, qui donc travaillent mal, et donc les élèves n’apprennent rien, et donc ne veulent pas payer. Cercle vicieux !

PS : Après une rapide enquête, je sais que les enseignants titularisés peuvent compter sur un salaire mensuel de 150 CHF (francs suisses donc !). Les enseignants qui ne sont pas titularisés (et on peut ne pas l’être et enseigner depuis plus de 10 ans !) comptent sur les primes (argent donné par les élèves dans un système plus ou moins réglementés !) entre 0 et 100 CHF par mois... Il semblerait que pourrait se constituer une classe moyenne au Congo, si une partie de la population pouvait compter sur un revenu stable de 300 CHF par mois. On est actuellement loin du compte. Or un pays ne s’en sort que si une classe moyenne peut émerger.


mardi 28 juin 2016

la médecine alternative (suite)


L’autre jour un ado de la paroisse vient me demander de l’aider avec une aspirine parce que son pouce le fait souffrir ; un abcès s’ouvre et est en train de s’infecter. Je n’ose pas lui demander d’enlever le petit torchon brun et souillé dont il s’est entouré le doigt et je lui dis qu’il lui faut aller directement au dispensaire car mes aspirines – mêmes européennes et non chinoises ! – ne peuvent pas faire des miracles.

Je le revois aujourd’hui plus épanoui et je lui demande comment va son pouce. Il me dit qu’il va bien. En même temps qu’il me montre un doigt tout gonflé mais sec et cicatrisé, il me dit qu’il n’est pas allé au dispensaire mais s’est soigné avec un fétiche.
Que diable !
J’essaie de comprendre et je lui demande ce qu’est pour lui un fétiche. Il me raconte qu’on fait une pâte avec un jus de plante, de l’huile et du sel...
Donc c’est un médicament, lui-dis-je.
-Non ce n’est pas un médicament, c’est traditionnel !
- C’est quoi un médicament pour toi ?
- Je ne sais pas expliquer... par exemple : paracétamol !
- Ok cela c’est un médicament chimique mais toi tu as été soigné avec un médicament traditionnel que t’a préparé ta maman...
- non ce n’est pas ma maman qui a fait le fétiche mais une voisine qui sait faire !
On s’explique un peu. Lui comprend que la médecine traditionnelle est une médecine avec ses médicaments et ses soins et moi je comprends que les fétiches ne sont pas des poupées dans lesquelles on plante des aiguilles mais aussi tout objet de la médecine traditionnelle que les villageois expérimentent lorsqu’ils n’ont pas de sous pour aller au dispensaire ou quand ils trouvent qu’on a de meilleurs résultats avec les pratiques ancestrales.
Au repas, je demande à un confrère ce qu’est pour lui un fétiche. Il me répond que ce sont les moyens que la culture traditionnelle africaine a mis au point soit pour protéger et sauvegarder les énergies vitales, soit pour les détourner vers le mal. Ainsi y-a-t-il des fétiches bénéfiques et des fétiches maléfiques.

vendredi 24 juin 2016

la médecine alternative

Les conversations à table prennent sur ma colline au Congo des allures qui font douter de qui mystifie qui.
L’autre jour, entre l’ananas et le fromage, arrive l’histoire d’un monsieur qui a été blessé dans un accident de motos, comme il y en a tous les jours à la ville. C’est un intellectuel de l’administration pédagogique ; on lui a ainsi permis de travailler à la maison pour faciliter le lent rétablissement de sa jambe brisée.
Un des confrères dit alors qu’il a décidé, contrairement aux autres blessés de l’accident, de se soigner à la médecine traditionnelle. Et il entreprend de m’expliquer. On casse une patte à une poule, on soigne cette patte et la jambe du monsieur par analogie se rétablit en même temps que la patte de la poule.
Devant mon air interloqué, un autre confrère précise. En fait on fabrique des cataplasmes avec des produits naturels qu’on applique à la fois sur la jambe du malade et sur la patte cassée de la poule et on surveille les deux blessures jusqu’au complet rétablissement des deux blessés !
Et une discussion s’engage ou s’enlise, parce qu’un des confrères dit que cela marche plus ou moins bien parce que la poule n’a que 2 pattes...
Alors que l’homme marche à quatre pattes comme chacun le sait..., renchéris-je pour essayer de ne pas être le dindon de cette farce-là.

Cela ne guérit qu’imparfaitement ma figure interloquée, car je ne suis pas sûr que ce soit une farce. J’ai encore bien du chemin à faire pour comprendre où on veut me mener dans cette Afrique.

lundi 20 juin 2016

la fin de l'année scolaire

Aujourd’hui – nous sommes à la mi juin -  Théo, le directeur de la chorale des jeunes de notre paroisse est venu demander une bénédiction avant de prendre le maquis. Le maquis est la période de préparation les examens d’Etat, le baccalauréat congolais.

Une première session d’examens a déjà eu lieu au début mai, elle a consisté dans la grande épreuve de la dissertation et différents oraux. Maintenant se profilent 4 jours d’examens des branches générales et des options qui sont essentiellement de QCM (questionnaires à choix multiples), fondés sur de la chance, de la mémoire et un peu d’intelligence.

Or cette deuxième session est précédée d’un maquis. C’est-à-dire un séjour dans un endroit autre que l’école, où un groupe d’élèves révisent (avec un maître de l’école ou seuls)...

Sauf chez les élèves, les maquis ont assez mauvaise réputation, parce que participants et participantes ne font pas que réviser mais aussi tout ce que les jeunes font en pareil cas et, il n’est pas rare qu’on rentre du maquis plus nombreux qu’au début ! Je suis donc d’autant plus motivé à donner à Théo une bonne bénédiction, outre le fait qu’il a quelques soucis avec les branches culturelles (histoire, géo)...

Le maquis est entouré aussi d’une autre réputation, car cela peut être le lieu de la corruption : même si le système des examens devient de plus en plus strict et contrôlé, il reste toujours (dans la rumeur en tout cas) la possibilité pour des professeurs véreux de soudoyer les fonctionnaires qui reçoivent les épreuves de la Capitale pour connaître les questions et préparer ensuite les élèves de façon malhonnête mais rémunératrice.

Théo reviendra sur la Colline dans quelques jours, puis il lui faudra attendre la « proclamation » (des réussites) qui arrivera au début juillet, mais à une date non fixée, qui dépend des correcteurs et de l’administration scolaire nationale.


Par contre Sylvain, un de nos paroissiens et servant de messe, est rentré au village après avoir bien réussi sa première année au Lycée, il a obtenu le 5e rang sur 55 élèves... dans la même classe !