samedi 7 octobre 2017

des jeunes qui se donnent



Belle journée ce samedi en ville de Kananga. Une centaine de jeunes religieux – sœurs et frères âgés d’autour de 20 ans ! – chantent, prient, célèbrent, se rencontrent, apprennent à se connaître, mangent et rigolent ensemble sous les acacias...

C’était la journée d’ouverture des inter-noviciats et inter-postulats. C’est-à-dire : les différentes communautés religieuses de l’archidiocèse sont réunies sous la houlette de la CVC (Commission de la Vie Consacrée) pour offrir une formation commune aux postulants et aux novices. Une occasion d’avoir un standart minimum de formation entre les différentes congrégations tant masculines que féminines. Cela rationnalise aussi les cours que doivent assurer les maîtres et maîtresses de formation dans les communautés. Et aussi cela permet à ceux et celles qui seront les décideurs de l’Eglise de demain de se connaître dès aujourd’hui.


Si la formation propre (charisme, spiritualité, histoire de la communauté) est donnée par le responsable, les cours généraux sont données en session par des formateurs dévoués : bible, gestion, liturgie, catéchèse... Personnellement je ferai un cours d’Histoire de l’Eglise aux novices.

J’y suis allé avec mes postulants même si notre éloignement de la ville ne nous permettra pas de participer à tous les cours et que nous mettons en place un « inter-postulat de la Colline » avec nos voisines bénédictines.

Les défis de formation sont nombreux :
- comment gérer le discernement lorsque le nombre est important: il faut voir chanter 100 religieux de 20 ans pour s’en rendre compte.
- comment respecter chacun lorsqu’il serait plus facile de les mener à la baguette (dans tous les sens de l’expression !)
- Comment responsabiliser des jeunes qu’on a tendance à appeler « les enfants » (eh oui !) ?
- Comment former sur deux cultures et deux langues ? La langue de la formation est le français mais ils seront à appeler à vivre avec un nombre important de chrétiens qui ne connaissent que le tshiluba !
-...

Parmi ces jeunes, il y a des rescapés de guerre. Outre les jeunes postulants de Saint-Maurice, il y a de jeunes formées qui ont quitté en catastrophe leurs maisons de formation attaquées par les rebelles ou pillées par les militaires, durant les combats et qui n’ont pas encore pu rentrer chez elles !


Mais pour le moment, c’est l’espérance et la joie qui dominent.

mercredi 4 octobre 2017

une foire humanitaire



Dans l’après-guerre du Kasaï, les besoins de la population sont immenses. Des enfants meurent en ville comme à la campagne des suites infectieuses de la malnutrition. Les parents n’ont plus les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école, ni de nourrir leur famille convenablement. Les déplacements ont désorganisé le matériel ménager, etc. etc.

Un certain nombre d’ONG sont présentes sur le territoire du Kasaï, mais leur réelle efficacité est encore à démontrer. On a l’impression que certaines sillonnent les routes pour évaluer, chiffrer, décrire et énumérer les besoins mais que cela s’arrête là. Et il y a un côté un peu désespérant. On raconte aussi des histoires de dons humanitaires volatilisés, mais cela arrive tellement souvent que personne ne semble s’en offusquer plus que tant.

Pourtant je peux au moins raconter une opération réussie. Celle du NRC, le Conseil Norvégien pour les Réfugiés. Cette ONG a décidé d’assimiler tous les déplacés de la guerre à des réfugiés et a monté un projet d’aide au retour des familles dans les villages. Elle a organisé dans notre commune une vaste foire humanitaire, à la pointe de la technologie.

Après des séances d’information, elle a distribué méthodiquement des cartes à puces à tous les responsables de famille. Sur la carte une somme d’argent équitable. Puis elle a invité une trentaine de commerçants à monter leur boutique sur un champ de foire où étaient proposés des produits de première nécessité : nourriture, ustensiles, habits...

Les bénéficiaires venaient acheter avec leur carte les produits dont ils avaient besoin et leur carte était débitée sur le téléphone du marchand... Il y avait des contrôleurs des opérations et des bureaux de contentieux. Et cela marchait bien à la satisfaction de tous. Les couacs furent plus rares que je ne l’aurais imaginé.


Les vieilles mamans de notre village, qui dorment sur une natte posée par terre sous leur toit de chaume, ont été projetée directement au siècle électronique et ont fait leur emplette avec des cartes à puces ! Emouvant.

mardi 26 septembre 2017

deux premières africaines pour saint Maurice



Me voilà sur ma colline depuis dix jours, tout à la joie d’y avoir bien fêté nos patrons Maurice et ses compagnons, martyrs, le 22 septembre.

Plusieurs éléments ont fait de cette fête de la colline une réussite : Les quatre aspirants de notre communauté (dont je suis le maître de formation) sont devenus postulants, deuxième étape pour devenir Pères de Saint Maurice. Ils ont reçu la petite croix « de saint Maurice » aux vêpres de la veille de la solennité.

Ensuite toute la communauté, habillée d’une chemise commune, a proclamé, après la messe, la Passion de Saint Maurice en tshiluba, la langue du Kasaï. Ce fut une belle aventure de créer un texte français qui raconte l’histoire de Maurice de façon à être compris dans cette culture kasaïenne, puis de lancer les jeunes formés dans la traduction en langue locale. Dans notre Kasaï meurtri, les mots de la foi « jusqu’au bout de l’adversité » avaient quelque chose de profondément émouvant.

Autre émotion. A Saint-Maurice-en-Suisse, le 22 septembre résonne souvent du magnifique refrain « Les âmes des martyrs sont dans la main de Dieu ». C’est le leit-motiv de la fête. Une inspiration subite m’a permis de proposer une traduction qui se calque sur la mélodie :

MIOYO YA BAKANE MU TSHIANZA TSHIA MFUMU
( LES COEURS DES JUSTES DANS LA MAIN DU SEIGNEUR!) 


Peut-être en première africaine, la mélodie dans ses nouveaux habits inculturés court désormais par la savane.

dimanche 17 septembre 2017

le retour sur la Colline


Je suis de retour sur ma colline au Kasaï depuis vendredi 15. Le voyage s’est bien passé dans les petites péripéties habituelles, et j’ai trouvé la colline calme avec son lot de petites aventures, joies et tristesses. Anthologie en quelques anecdotes (toutes vraies !)

A l’aéroport de Kinshasa et en partance pour Kananga, j’arrive pour me faire enregistrer dans l’habituelle cohue indescriptible. Je demande de l’aide à une dame qui semble être une auxiliaire de sécurité, vu son gilet fluo (qui peut être un faux). Moyennant un pourboire, elle est d’accord de passer par les différents gichets à ma place et la première question qu’elle me pose : Est-ce que vous voulez qu’on contrôle vos bagages ? Si vous me donnez 5 dollars, on ne les ouvrira pas. Donc moyennant 5 dollars, j’aurais pu prendre une bombe dans ma valise... je paie tout de même car cela m’agace qu’on manipule mes slips et mes bréviaires.

Entre Kananga et la Colline il y a désormais une nouvelle barrière. Pour mieux rançonner les cyclistes qui apportent péniblement leurs énormes ballots de marchandises en ville, les militaires ont installé une barrière « de contrôle » près du pont. Le passage du pont étant obligé, plus moyen pour les pauvres vélos d’éviter les militaires par de savants raccourcis ou détours.

La vieille Rosalie est morte, vendredi, dans sa petite case du village.  Elle venait souvent nous titiller les nerfs à la porte de la maison. Durant la première nuit du deuil, ses petits hamsters lui ont mangé les doigts. Ce qui ne décourage pas les voisines qui vont hériter des hamsters pour s’en nourrir.

Pendant le match à la télévision, dans la cour de notre maison, ce samedi soir, un serpent a essayé d’entrer par la grande porte. Voulait-il voir le match lui aussi ? Il a été illico envoyé dans un autre monde par un des quarantes jeunes qui voulaient être tranquilles pour leur loisir dominical. L’équipe congolaise a vaincu une équipe soudanaise 2-1.

Ce dimanche à la messe nous avons fêté les 70 ans de Maman Emérence, la caissière de notre paroisse. Elle voulait la discrétion mais c’est loupé. Après la quête en espèces (qui a rapporté 5 CHF pour environ 300 personnes – le curé était exaspéré, moi moins !), elle s’est avancée pour offrir une bouteille de vin de messe et des hosties, avec sa belle fille qui a offert un lapin et ses deux petites filles qui apportaient des cierges et des allumettes ! Magnifique.



dimanche 9 juillet 2017

le regard oblique des vacances

Regard oblique... sur les vacances.

Pourquoi pas un regard... vers le haut ? Souvent pendant les vacances on lève les yeux vers ...le ciel pour voir s’il va pleuvoir, ...vers la flèche de la cathédrale où nous conduisent des chemins de culture, ...vers le plafond des monuments que nous visitons...

Et si notre cœur avait aussi le regard tourné vers le haut !

Comme cet Apôtre de la Cathédrale d’Albi... comme s’il voyait l’invisible.