lundi 20 juin 2016

la fin de l'année scolaire

Aujourd’hui – nous sommes à la mi juin -  Théo, le directeur de la chorale des jeunes de notre paroisse est venu demander une bénédiction avant de prendre le maquis. Le maquis est la période de préparation les examens d’Etat, le baccalauréat congolais.

Une première session d’examens a déjà eu lieu au début mai, elle a consisté dans la grande épreuve de la dissertation et différents oraux. Maintenant se profilent 4 jours d’examens des branches générales et des options qui sont essentiellement de QCM (questionnaires à choix multiples), fondés sur de la chance, de la mémoire et un peu d’intelligence.

Or cette deuxième session est précédée d’un maquis. C’est-à-dire un séjour dans un endroit autre que l’école, où un groupe d’élèves révisent (avec un maître de l’école ou seuls)...

Sauf chez les élèves, les maquis ont assez mauvaise réputation, parce que participants et participantes ne font pas que réviser mais aussi tout ce que les jeunes font en pareil cas et, il n’est pas rare qu’on rentre du maquis plus nombreux qu’au début ! Je suis donc d’autant plus motivé à donner à Théo une bonne bénédiction, outre le fait qu’il a quelques soucis avec les branches culturelles (histoire, géo)...

Le maquis est entouré aussi d’une autre réputation, car cela peut être le lieu de la corruption : même si le système des examens devient de plus en plus strict et contrôlé, il reste toujours (dans la rumeur en tout cas) la possibilité pour des professeurs véreux de soudoyer les fonctionnaires qui reçoivent les épreuves de la Capitale pour connaître les questions et préparer ensuite les élèves de façon malhonnête mais rémunératrice.

Théo reviendra sur la Colline dans quelques jours, puis il lui faudra attendre la « proclamation » (des réussites) qui arrivera au début juillet, mais à une date non fixée, qui dépend des correcteurs et de l’administration scolaire nationale.


Par contre Sylvain, un de nos paroissiens et servant de messe, est rentré au village après avoir bien réussi sa première année au Lycée, il a obtenu le 5e rang sur 55 élèves... dans la même classe !

samedi 18 juin 2016

des singes et des hommes

Dans un terminal de l’aéroport de Kinshasa trône une publicité en faveur de la conservation des grands singes. De magnifiques photos de chimpanzés et gorilles encadrent trois slogans : La douane de la RDC lutte contre le trafic illicite d’espèces sauvages. Sauvons les derniers grands singes sauvages. Soyons le rempart entre leur survie et leur disparition.

Il y a là quelque chose de pathétique. Il faut conserver les espèces animales et la biodiversité ; une lutte constante contre les dégats que l’homme inflige à la nature est plus que nécessaire. Et pourtant on ne peut s’empêcher de mettre en relation le massacre des singes et le massacre des humains : sur ce dernier, aucun slogan nulle part... On tue si allégrement en RDC que cela devient de la routine.

Dans l’est du pays, près des « sanctuaires » des grands singes, des hommes se font massacrer, des femmes se font violer, des enfants se font exploiter dans des mines gérées par des espèces sauvages qui n’ont pas toutes la peau noire et dont certaines portent cravate et attaché-caisse.

La lutte contre les trafics illicites doit s’opérer inlassablement, mais il est malheureusement possible d’être plus touché par le massacre des gorilles que par celui des êtres humains. Peut-être en imaginant, par un cynime inconscient, que l’espèce humaine est si féconde en RDC qu’elle n’est pas en train de disparaître... Dès que le caractère sacré de la nature humaine n’estompe dans la pensée, celle-ci dérape facilement. Et la conservation des grands singes est la peau de banane de la pensée écologique.

lundi 13 juin 2016

les pécheurs

Ce dimanche ma messe commence devant l’église : une jeune fille qui semble avoir du jeu dans les rouages supérieurs s’agite et crie sous les manguiers. Je me souviens que c’est elle qui a semé la pagaille dimanche passé en chantant encore plus à tue-tête que tous les autres et en dansant de façon incongrue au premier banc.

Pour éviter que cela ne recommence on recommande au sacristain de ne pas lui permettre d’entrer dans l’église ; elle maugrée, cherchant la parade.

La messe commence... L’introduction annonce une eucharistie bien centrée sur la miséricorde comme on le verra à l’évangile.

Au gloria, je vois que la folle profite d’un moment d’inattention pour se faufiler dans les derniers bancs, mais semble vouloir s’y tenir tranquille. Après un moment d’inquiétude, je respire. Evangile.
« Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait avec le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum... »

Je cherche des yeux ma folle et ne la trouve pas...
« Le pharisien se dit en lui même : si cet homme était prophète il saurait qui est cette femme... »

Je prêche : nous sommes tous des pharisiens par certains aspects de notre vie et tous des pardonnés par d’autres. Toute l’assemblée semble d’accord, mais je ne vois pas où est passée ma folle.

A la communion je l’ai presqu’oubliée quand l’esclandre arrive. Elle est dans la colonne et à un mètre de moi, le sacristain s’interpose et veut l’empêcher de communier. Est-ce qu’il a écouté le sermon ? Elle, il semble que oui. C’est sans doute elle qui, de toute l’assemblée (moi compris),  a le mieux saisi de quoi il retournait.

jeudi 9 juin 2016

le congé parental et le contrôle des naissances

Je retourne sur ma Colline au Congo, au moment de terminer la lecture et la méditation d’Amoris Laetitia de notre pape François.

«L’Évangile de la famille nourrit également ces germes qui attendent encore de mûrir et doit prendre soin des arbres qui se sont desséchés et qui ont besoin de ne pas être négligés » (Amoris laetitia 76)

Dans l’avion qui me conduit de Kinshasa à Kananga, la capitale de ma province, je lis la revue qui se trouve dans le porte-document devant moi.

Un article m’interpelle. Constatant que l’Afrique a le plus haut taux de mortalité d’enfants en bas âge, que les causes de ce fléau sont les accouchements rapprochés et l’absence de politique de régulation des naissances, le texte affirme qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Il veut mettre en évidence la volonté de la culture ancestrale du Congo de contrôler la fécondité des familles et de limiter les naissances, au moyen d’une pratique appellée de différents noms suivant les ethnies mais ayant les mêmes traits et les mêmes buts.

Dans les petits clans précoloniaux, une femme qui mettait au monde un enfant était prise en charge entièrement par l’ensemble de la communauté pour tous ses besoins. Ecartée de sa case et de ses occupations habituelles de ménage, elle pouvait ainsi nourrir et s’occuper exclusivement du nouveau-né. On la gavait de nourriture pour que son lait soit fortifiant pour le bébé, et on leur donnait une huile spéciale destinée à éloigner moustiques et autres insectes porteurs de maladies mortifères. Cette période durait entre 18 et 24 mois ! Un vrai congé maternité, intégré et assumé par toute la communauté.

Mais la conclusion est intéressante. Je cite :  Cette pratique « qui est toujours d’usage dans plusieurs tribus des deux Congo  ne peut se pratiquer raisonnablement que dans le contexte rural où les individus construisent et habitent en clan et aussi uniquement dans un contexte de polygamie, car il est impensable dans un contexte de monogamie de priver l’homme de sa femme 18 ou 24 mois durant. »
Cette conclusion, mise en relation avec la dynamique profonde que le Synode et l’Exhortation apostolique ont suscitée, ouvre un abîme de réflexions et de défis très divers.
Il est évident que la colonisation, l’urbanisation, la globalisation et l’évangélisation de l’Afrique ont des effets positifs sur le continent, l’autoflagellation des anciens coloniaux et missionnaires n’apportant rien de positif. Par contre il faut être lucide sur les effets pervers de celles-ci. Et être extrêmement inventifs pour sauvegarder et développer les intuitions des cultures locales tout en menant les couples et les familles vers leur épanouissement évangélique. « Prendre soin des arbres qui se sont desséchés et qui ont besoin de ne pas être négligés ».


PS : Je me demande si une telle réflexion ne peut pas être transposée, analogiquement, à la situation et aux défis des pays dits de l’Occident ?

dimanche 24 avril 2016

les Europes

Ljubljana, en Slovénie, s’enorgueillit d’être l’une des plus petites et charmantes capitales européennes, une cité dont le nom signifie « L’Aimée ».

Au centre de la vieille ville blottie contre une colline couronnée de son château se trouvent « les Trois Ponts ». C’est en fait un ouvrage architectural unifié à trois tabliers qui permettent de passer le fleuve, l’épine dorsale de la cité historique. Le symbole est là, nous sommes à la transition entre plusieurs mondes, plusieurs Europes.

En cet après-midi de printemps, sur un côté du pont se trouve un musicien ambulant avec son accordéon et son costume folklorique tyrolien, chapeau compris. Il y va de sa ritournelle allègre qui fait penser à « la Mélodie du bonheur »...

On passe nonchalamment le pont et de l’autre côté un vieux « paysan des Balkans » chante une mélopée fragile et grave, rauque et tragique, accompagné d’un intrument à corde unique qu’il fait vibrer avec un petit archet. J’ai mis une obole dans la boîte de celui-ci ! Il me paraissait plus authentique que le Slovène tyrolien, mais peut-être me suis-je fait avoir !


Un peu plus loin, dans une rue interlope, un tag me recommande : « Don’t think » (ne pense pas !)... Est-ce une autre sorte d’Europe qui s’invite ici ? Laquelle ? Un reliquat de communisme totalitaire, où tout était fait pour qu’on ne pensât pas ? Ou alors le consumérisme du capitalisme dont les magasins de marques envahissent les rues pavées ? Je ne trancherai pas.

samedi 9 avril 2016

la Bible

Le temple de Villars-le-Grand, dans le Vully vaudois, a une forme orthogonale allongée, typique d’une certaine époque de l’architecture protestante de Suisse romande. Les bancs sont disposés autour d’une chaire monumentale en beau bois et d’une très petite table eucharistique.

Un petit bijou de simplicité et sobritété. Tellement sobre et simple qu’il semble – en apparence et au premier abord – qu’on n’a pas trouvé de lieu spécifique pour déposer la Bible, qui est pourtant centrale à la liturgie protestante. Qu’à cela ne tienne. On l’a ouverte sur le rebord d’une fenêtre, une des grandes ouvertures à sommet arrondi, qu’on ne peut appeler vitrail car ses verres sont de simples vitres. Et pourtant quel vitrail : dehors des feuillages s’agitent dans un printemps verdoyant et apaisant ; c’est très beau ; on a l’impression que les arbres sont commes des prophètes criant la prophétie sortie du Livre sacré.

Ainsi la Bible nous invite à l’extérieur. Tout ce qui est écrit en elle, tout ce qui est proclamé à partir d’elle nous invite bien sûr à l’intérieur de nous mêmes vers une exigence de vérité et d’intimité, mais en même temps et plus encore vers le monde, là, hors de nos églises et de nos temples.


La Parole Sainte nous apprend à lire le monde, à le regarder avec bienveillance, à être de plus en plus lucides sur ce qui s’y passe et ce qui s’y vit.  La Parole est destinée à envahir le « dehors » tel qu’il est, avec ses arbres et ses humains qui s’agitent aux vents de toutes les saisons.